Les enfants de la rue rwandais affluent à Goma
Agence Syfia Vendredi 26/02/2010
Attirés par les activités commerciales de Goma, la grande ville du Nord Kivu, de jeunes Rwandais traversent chaque matin la frontière qui sépare leur pays de la RD Congo pour tenter d'y gagner de quoi se nourrir. Ils s’ajoutent ainsi aux enfants de la rue congolais que les autorités et Ong ont bien du mal à prendre en charge.
Très tôt le matin des enfants rwandais se faufilent entre les maisons qui s'enchevêtrent le long de la frontière entre Gisenyi au Rwanda et Goma en RD Congo. Ils évitent ainsi les formalités douanières qui commencent à 7 h et sont de bonne heure dans cette ville, grand carrefour commercial du Nord-Kivu à l'Est de la RDC, où ils viennent chercher de quoi se nourrir. "Nous avons commencé à constater le passage régulier des enfants de la rue rwandais vers la ville de Goma l’année passée, avec le renforcement des liens entre les deux pays et la libre circulation des biens et des personnes.
Il nous est difficile de contrôler leurs mouvements, à l’entrée comme à la sortie, car peu sont ceux qui empruntent les voies autorisées", indique André Masumbuko, agent du service des migrations à la frontière congolaise.
Petits boulots
Commerçants, transporteurs, porteurs et enfants de la rue, tous trouvent leurs comptes dans cette ville. Chaque jour, elle accueille un flux important de véhicules venus du port de Mombasa au Kenya et Dar es Salam en Tanzanie avec des marchandises de divers continents. C’est aussi là, principalement dans les dépôts du quartier de Birere, que sont déchargés les produits vivriers et manufacturés en provenance du Nord du pays et des villages voisins. Des biens qui seront ensuite acheminés vers les différents marchés du pays, du Rwanda ou du Burundi.
"Ici à Goma au moins nous trouvons à manger et nous rentrons à Gisenyi, au Rwanda, le soir avec un petit quelque chose grâce aux petits boulots que nous faisons. Chez nous il y a moins d’activités commerciales, les porteurs s’arrachent les colis entre eux et nous repoussent. Ils nous disent que ce n’est pas notre boulot", déclare Buregeya, 11 ans, enfant de la rue rwandais. Les plus âgés lavent des voitures et des motos, transportent des colis … "Après un service, les gens nous donnent 100 ou 200 Fc (de 0,10 $ à 0,22 $). C’est avec ça qu’on se débrouille", affirme Kazungu, âgé de 10 ans. Les plus jeunes, moins forts, abordent les passants, le regard implorant, miné par la faim. Si vous feignez de ne pas les voir, ils vous poursuivent de leurs jérémiades : "j’ai faim papa, j’ai faim…".
Les enfants rwandais et congolais se confondent, ils sont habillés de la même façon et connaissent bien le swahili (langue la plus parlée à Goma). "Nous les reconnaissons seulement lorsqu’ils parlent entre eux en kinyarwanda (langue rwandaise)", témoigne Alphonsine Masika, commerçante propriétaire d’un dépôt de vivres et produits manufacturés.
Freiner l’afflux
Le Commandant de la Police urbaine souligne que : "l’afflux des enfants rwandais est venu empirer la situation déjà précaire des enfants de la rue de la ville". Deux centres d’hébergement prennent en charge depuis quelques années les enfants de la rue congolais : le centre CAJED (Concert d’Action pour Jeunes et Enfants défavorisés) situé à 5 km du centre-ville et le Centre Don Bosco, proche de Goma, appartenant aux missionnaires Salésiens. Mais faute de moyens suffisants, ceux-ci sont souvent abandonnés à eux-mêmes. "En 2009, avec nos petits moyens, nous n’avons pu accueillir que 125 locataires", confie frère Mario, Responsable du Centre Don Bosco. La ville y va de ses initiatives aussi comme l’explique son Maire, Rachidi Tumbula : "L’année passée, avec le concours de la police urbaine j’avais déplacé un bon nombre d’enfants de la rue vers un centre que nous avions installé à Mushaki, village situé à 35 km de la ville, mais les Ong et certains organismes internationaux qui nous avaient promis leur concours n’ont pas respecté leurs promesses. Lorsqu’il y a eu coupure brusque de l’assistance en vivres, ces enfants ont regagné Goma".
Pour les associations des droits de l’homme qui oeuvrent dans la province du Nord-Kivu, le gouvernement, avec l’aide des organismes internationaux et les Ong locales, devraient tout d’abord freiner l’arrivée des enfants, en collaboration avec le gouvernement rwandais, et ensuite récupérer ceux de Goma pour les initier à des métiers. "La tâche n’est pas des moindres mais avec de la bonne volonté et des efforts conjoints, on peut aboutir au résultat escompté", conclut Maundu Djeton, activiste des droits de l’homme et Président urbain de la Socinoki (Société Civile du Nord-Kivu).
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"Les défenseurs des droits humains sont menacés en RDC"
Le Vif Jeudi 18/02/2010
Les défenseurs des droits humains sont malmenés en République démocratique du Congo (RDC), d'après un rapport présenté mercredi par Amnesty. L'organisation appelle les autorités belges a faire pression sur le gouvernement congolais pour assurer leur protection.
Philippe Hensmans, directeur d'Amnesty International en Belgique francophone, rappelle que les défenseurs des droits humains jouent un rôle crucial: dénoncer les injustices et les violations des droits fondamentaux pour protéger les citoyens qui n'ont pas les moyens de se défendre. Or, en RDC, les militants des droits humains sont appréhendés de manière arbitraire par les organes de la sécurité nationale et reçoivent des menaces de mort. Dans son rapport, Amnesty dénonce les persécutions (intimidations, emprisonnements arbitraires et violences) subies par huit défenseurs des droits humains en RDC.
"En 2008, la situation était déjà problématique et elle s'est aggravée en 2009. Nous craignons que le harcèlement à l'égard des dizaines de défenseurs des droits humains présents en RDC ne s'accentue encore durant la période précédant les élections présidentielles de 2011", explique Philippe Hensmans. Amnesty transmettra son rapport à l'ambassadeur congolais en Belgique et souhaite interpeller le gouvernement pour qu'il fasse pression sur les autorités congolaises.
"Même si la coopération au développement et les affaires étrangères agissent en RDC, la protection des défenseurs des droits humains n'est pas une priorité et c'est cela que nous voulons changer", a ajouté Philippe Hensmans. Amnesty voudrait également que la Mission de l'Organisation des Nations unies en RDC (MONUC) établisse un cadre législatif concernant les défenseurs des droits humains. (LEE)
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